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L’éclatement de l’espace antiraciste. Instrumentalisation et ethnicisation d’un combat politique (Manuel Boucher)
Dans un contexte de métamorphose de la société française d’un point de vue endogène (décentralisation, multiculturalisme…) et exogène (déstructuration de l’Etat-nation, européanisation, mondialisation économique…), la lutte pour l’intégration et contre les discriminations raciales s’est rapidement institutionnalisée en même temps qu’elle est devenue un enjeu politico-économique majeur. Cependant, au-delà de la condamnation indispensable de ces phénomènes anti-sociaux, n’assistons-nous pas à un processus de dépolitisation et d’instrumentalisation du combat « antiraciste» par des promoteurs de morale néo-libéraux et communautaires paradoxalement associés avec des défenseurs des libertés individuelles ? Or, cette alliance contre-nature n’affaiblie-t-elle pas définitivement la reconquête politique d’un projet antiraciste, égalitariste et de justice sociale ?
Introduction
Depuis plusieurs années et plus particulièrement ces derniers mois, notamment suite aux violences insurrectionnelles de novembre 2005 dans plusieurs quartiers défavorisés de près de 300 villes de France (Mucchielli, Le Goaziou, 2006), la lutte contre le racisme, les discriminations et pour l’intégration est au centre des préoccupations politiques et médiatiques françaises.
On peut ainsi citer quelques événements récents qui sont directement ou indirectement liés à ces questions : - la contestation puis le retrait de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 reconnaissant le « rôle positif de la présence française outre-mer » et enjoignant l’éducation nationale d’intégrer cet aspect positif dans ses programmes scolaires ; - l’instauration puis la commémoration d’une journée nationale (10 mai) de la fin de l’esclavage dans un climat très polémique sur la nécessité d’établir aujourd’hui toute la vérité sur la colonisation et de reconstruire l’identité nationale française post-coloniale ; - l’organisation en ordre dispersé de plusieurs manifestations anti-racistes organisées suite à des meurtres racistes et/ou crapuleux (1). Ainsi, déjà le 7 novembre 2004, la manifestation « unitaire » contre tous les racismes avait été un échec pour cause de désaccords idéologiques des principales associations antiracistes (MRAP, LDH, LICRA, SOS RACISME) sur la participation au défilé de mouvements politico-religieux radicaux, notamment l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) proche des Frères musulmans (2); - l’organisation le 29 avril 2006 des Etats généraux des populations noires en France par le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN) et le Cercle d’Action pour la Promotion de la Diversité (CAPDIV) soutenue par le Fonds d’Action et de Soutien à l’Intégration et à la Lutte contre les Discriminations (FASILD) ; - l’installation puis la médiatisation de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations (HALDE) et d’un programme gouvernemental pour la diversité et l’ « égalité des chances ».
Cependant, ce déferlement politico-médiatique rend de plus en plus complexe la compréhension des significations de la lutte contre le racisme, la xénophobie et les discriminations.
En effet, comment saisir le sens politique des multiples innovations et déclarations d’intentions théoriquement destinées à mieux combattre le racisme et les phénomènes discriminatoires ?
Pour répondre à cette vaste question, nous proposons dès lors une analyse des enjeux politiques de l’antiracisme contemporain en décrivant d’une part, les usages et les interprétations des termes polysémiques dernièrement les plus utilisés : l’intégration et la laïcité et d’autre part, l’articulation de ces notions avec les logiques, parfois productrices d’effets pervers, des principaux acteurs affirmant lutter contre le racisme et les discriminations ethniques.
Les interprétations divergentes de l’intégration
La notion d’intégration est un terme « fourre-tout » différemment apprécié en fonction de la situation sociale, culturelle, politique et historique de ceux qui l’emploient ou la commentent :
- du côté des élus et des représentants des pouvoirs publics, l’intégration est généralement plébiscitée.
En effet, ces acteurs considèrent ce processus comme vertueux et le confondent souvent avec une injonction d’assimilation des populations migrantes dans une République abstraite, une et indivisible.
Or, d’une part, ces mêmes dirigeants, représentants de la « nomenclature sociale » selon Jacques Donzelot (2003), sont les premiers acteurs de la décentralisation qui au-delà de l’effet annoncé : plus de proximité des représentants politiques avec le « peuple », dans la pratique, engendre aussi plus de contrôle social, notamment des plus « pauvres » mais aussi des intervenants sociaux (travailleurs sociaux, médiateurs, acteurs associatifs…) qui agissent auprès d’eux (Boucher, 2003).
D’autre part, l’appel à l’intégration et à la citoyenneté républicaine, notamment par une « mobilisation positive » envers les territoires défavorisés plus généralement nommés quartiers sensibles ou difficiles (appellation montrant la prise en compte de ces espaces urbains essentiellement sous l’angle sécuritaire lié aux questions de délinquance et d’ordre social plutôt que sous l’angle social associé au traitement des inégalités) ne peut in fine cacher une réalité sociologique criante : la multiplication des inégalités selon François Dubet (2000) mais aussi l’augmentation de la ségrégation urbaine et la constitution progressive de « ghettos » socio-ethniques récemment illustrée par les travaux d’Eric Maurin (2004) mettant profondément en cause les tentatives politico-administratives et médiatiques de réparation des écarts entre « l’égalité formelle et l’égalité réelle » (Boucher, 2001).
- du côté des migrants, de leurs descendants mais aussi des intellectuels et militants qui agissent pour la défense de leurs droits et leur reconnaissance sociale et culturelle, le concept d’intégration est en revanche de plus en plus fréquemment rejeté.
En effet, ce terme est depuis des années politiquement instrumentalisé : dans un contexte de passage d’une immigration de travail à une immigration de peuplement opérée au début des années soixante-dix et aujourd’hui considérée par le gouvernement de Villepin comme une « immigration subie » , l’intégration visait prioritairement les premières générations de migrants qui ne devaient plus seulement s’insérer dans la société française de production industrielle mais s’intégrer (regroupement familial, apprentissage de la langue française et des normes de vie individualistes…) dans une société devenue multiculturelle et post-industrielle.
Or, alors que l’immigration de peuplement a aujourd’hui engendré plusieurs générations de descendants de migrants assimilés culturellement, le mot intégration est toujours utilisé par une multitude d’acteurs sociaux (élus, médias, travailleurs sociaux, enseignants, policiers…) pour décrire des inégalités sociales vécues par les personnes d’origine étrangère qui se sentent pourtant totalement françaises.
En réalité, si le terme intégration est si décrié par les individus et les groupes politiquement visés par ce concept, c’est que d’une part, son usage renvoie surtout à une responsabilité individuelle des personnes visiblement d’origine extra-européenne face à leurs difficultés d’intégration sociale, ce qui renforce leur sentiment d’être stigmatisées et ethniquement discriminées en étant sans cesse associées à leur altérité liée à leur expérience familiale migratoire quelquefois très ancienne.
D’autre part, le concept d’intégration est également confondu avec la notion d’assimilation perçue très négativement car elle ne reconnaît pas l’expérience sociale et identitaire plurielle des personnes.
Ainsi, dans une dynamique propre à l’union européenne (Bolzman, Boucher, 2006), le renforcement des conditions d’intégration de la seconde loi « immigration et intégration » présentée par Sarkozy,, notamment l’obligation de suivre une formation civique et, si nécessaire, linguistique pour obtenir un titre de séjour temporaire ou son renouvellement mais aussi l’exigence de satisfaire aux conditions d’intégration fondée sur le respect des principes républicains pour acquérir une carte de résident (d’une durée de dix ans) est considérée comme une injonction d’assimilation.
Finalement, pour les descendants de migrants et les primo-arrivants, l’intégration représente dès lors un processus de désubjectivation mutilant la construction de l’estime de soi.
Le principe de laïcité remis en question
Le deuxième terme très largement abordé ces derniers temps est celui de la laïcité qui, contrairement à ce que l’on pouvait croire avant la médiatisation et la politisation des cas problématiques de port du voile islamique dans l’enceinte scolaire, est une notion qui garde toute sa conflictualité.
En effet, l’interprétation de la notion de laïcité, qui est actuellement encore la cause de nombreux débats intellectuels et politiques houleux, rappelle que la laïcité ne fait toujours pas consensus. D’ailleurs ce principe est largement incompréhensible au niveau européen et mondial.
En France, l’institutionnalisation de la laïcité au début du XXème siècle (loi de 1905 de séparation de l’église et de l’Etat) s’est opérée dans la douleur.
Effectivement, c’est uniquement suite à des combats quelquefois extrêmement durs entre les forces religieuses conservatrices catholiques et les républicains « anti-cléricaux » que la séparation effective des Eglises et de l’Etat, notamment dans le cadre scolaire, a pu s’opérer dans un contexte de sécularisation de la société française (Lalouette, 2004).
Cependant, ce modus vivendi établi entre les forces religieuses présentes sur le sol national en 1905 (les catholiques, les protestants, les orthodoxes et les juifs) qui semblait, durant tout le XXème siècle, confirmer la perte d’influence dans la vie de la cité des acteurs religieux au profit d’acteurs politiques laïques (marxistes, socialistes, gaullistes, humanistes…) n’était en fait qu’une façade qui a très rapidement éclaté politiquement et médiatiquement au contact des revendications politico-religieuses d’acteurs islamiques incarnant désormais la seconde religion de France.
En fait, dans une situation mondiale de peur de l’islam amalgamé très souvent au terrorisme (attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, puis à Madrid et à Londres), à l’archaïsme, au machisme et à la violence faite aux femmes, mais aussi dans un contexte de fin de la guerre froide, de mondialisation économique, de décomposition des Etats-nations et de déstructuration de la classe ouvrière, les revendications légitimes des musulmans de ne pas être écartés du pacte laïque, au-delà des quelques réactions racistes qu’elles génèrent, apparaissent surtout comme un signal fort que la société française officiellement organisée à partir de principes politiques, éthiques et philosophiques républicains : Liberté, Egalité, Fraternité est réellement en crise d’identité.
Ainsi, face à la désinstitutionnalisation, la dépolitisation et la fragmentation culturelle de la société française, la défense parfois hystérique de la laïcité apparaît pour ses défenseurs comme le dernier rempart républicain, voire républicaniste contre les forces obscurantistes venant remplir le vide politique laissé par la décomposition de la société industrielle autrefois basée sur un rapport de force entre les mouvements politiques de gauche progressistes incarnant les classes populaires et les mouvements conservateurs de droite incarnant les classes dirigeantes.
Dans les quartiers populaires, on assiste en effet, notamment depuis le développement de la politique de la ville et le processus de décentralisation, à l’affaiblissement, voire à la disparition progressive d’associations laïques militantes, à l’institutionnalisation d’associations d’insertion et de médiation sociale instrumentalisées à des fins de paix sociale et à l’émergence d’associations confessionnelles et néo-communautaires (4) se nourrissant de la ségrégation sociale et de l’ethnicisation des rapports sociaux (Boucher, 2004).
Ainsi, la querelle à propos de la loi du 15 mars 2004 sur l’interdiction des signes religieux à l’école a dépassé les courants politiques traditionnels (droite/gauche) et mis en scène des intellectuels, des responsables politiques et des militants associatifs proclamant tous la bonne interprétation de la laïcité : - les uns accusant les « pro-voiles » de s’associer avec les néo-libéraux représentés par Sarkozy et les leaders religieux et racialo-communautaristes pour pacifier des rapports sociaux inégalitaires ; - les autres reprochant aux « anti-voiles », sous prétexte de défendre la République, de voter une loi raciste, exclusionnaire et liberticide.
Des logiques antiracistes confuses
Dans ce contexte de grande confusion vis-à-vis de principes républicains (intégration/laïcité) érigés en valeurs de cohésion sociale nationale, alors que nous vivons les métamorphoses de la société française d’un point de vue endogène (décentralisation, multiculturalisme…) et exogène (décomposition de l’Etat-nation, européanisation, mondialisation économique…), nous assistons à une alliance paradoxale des promoteurs de morale libéraux-sécuritaires et néo-communautaires, notamment motivés par une logique de gestion des risques et des désordres sociaux, avec des défenseurs des libertés individuelles fondamentalement méfiants vis-à-vis des forces étatiques pensées avant tout comme des promoteurs de violences et d’oppression plutôt que de régulations sociales.
Cependant, cette alliance contre-nature n’affaiblie-t-elle pas définitivement la reconquête politique d’un projet égalitariste et de justice sociale ?
En effet, le thème de la lutte indispensable contre le racisme et les discriminations pour vivre dans une démocratie pluraliste masque parfois des logiques politiques et économiques pouvant aller à l’encontre d’un projet politique anti-raciste.
Actuellement, le combat contre le racisme est effectivement l’enjeu de luttes politiciennes, clientélistes et populistes : - des dirigeants de mouvements humanistes et anti-racistes historiques prennent fait et cause dans le conflit israelo-palestinien et/ou dans les tensions opposant les gouvernements autoritaires du Moyen-Orient et du Maghreb aux Etats occidentaux. Ils proclament que le seul combat juste est la lutte contre « l’islamophobie » au nom de la défense des populations Arabo-musulmanes considérées comme les plus opprimées. Dans la pratique, ces acteurs intentent des procès en « islamophobie » à tous ceux qui, loin d’être des racistes d’extrême-droite anti-musulmans, au nom de la liberté d’expression, de la laïcité et de l’émancipation des individus, tirent la sonnette d’alarme devant l’avancée importante des fondamentalistes islamistes (Venner, 2005) qui assimilent volontairement l’athéisme ou le blasphème à une forme de racisme (4) . - parallèlement à cette dynamique, d’autres mouvements anti-racistes traditionnellement plus focalisés sur la lutte contre l’antisémitisme mais également des mouvements pro-israeliens d’extrême droite affirment la nécessité absolue de juguler la « judéophobie » au nom de la défense des descendants des victimes de la shoah niant dès lors, involontairement ou pas, l’existence d’autres types de racisme comme l’islamophobie ; - enfin, des mouvements politico-religieux proches des idéologies rigoristes des « wahabbites » ou des frères musulmans, des militants afro-centristes et tiers-mondistes extrémistes instrumentalisent la lutte contre le racisme au profit de leur vision du monde caricaturale, séparée entre les fidèles à une « communauté » magnifiée et ses ennemis, c’est-à-dire entre les purs et les impurs.
Dans tous les cas, ces militants participent à la hiérarchisation des victimes et du combat anti-raciste.
Ils empêchent de comprendre la complexité de processus de déshumanisation qui sont au fondement même du racisme classique biologique ou néo-culturel.
Par ailleurs, cette pseudo lutte contre le racisme favorise le développement d’un autre « processus repoussoir » : le populisme (Taguieff, 2002).
Effectivement, devant la désindustrialisation, l’augmentation du sentiment d’insécurité (Castel, 2003) sociale, civile et culturelle, les idées populistes sont mobilisées par une diversité d’acteurs se situant à différents niveaux politiques et sociologiques : - à droite, des petits employés, des commerçants, des ouvriers et des personnes précaires sont tentés par le leader « national-populiste » Le Pen ou l’islamophobe De Villiers et plus généralement, par un retour à l’autoritarisme (traitement sécuritaire des questions sociales, retour à l’Etat gendarme) ; - à gauche, un ensemble de personnes, de mouvements et de partis participe au renouvellement du populisme agraire et du populisme anti-impérialiste ou même à l’émergence d’un « populisme anti-rmondialiste » (ce phénomène ne peut néanmoins être confondu avec les mouvements et partis altermondialistes reponsables) ; - au sein de la population immigrée ou d’origine étrangère, des personnes « déclassées » et/ou « acculturées », qui ne sont plus des ouvriers (perte de la conscience de classe) mais davantage des « exclus », ont un fort sentiment de frustration (victimes des discriminations et de la stigmatisation) et sont séduites par une sorte de « populisme islamiste » ou « néo-communautaire ».
L’instrumentalisation de la lutte contre les discriminations
Dans cet espace anti-raciste éclaté, notamment grâce à la législation européenne (art.13 du traité d’Amsterdam), ce sont des acteurs institutionnels représentant les pouvoirs publics d’Etat, des collectivités territoriales et de l’Union européenne qui investissent alors le champ de la lutte contre les discriminations ethniques (Boucher, 2006).
Quoi qu’il en soit, la mobilisation des pouvoirs publics s’appuyant sur le développement de différents dispositifs (parrainage des jeunes dans les entreprises, CODAC*/COPEC*…) et d’établissements spécialisés (FASILD*, HCI*, GELD*, HALDE*…) est sans conteste une avancée dans la lutte juridique et politico-institutionnelle contre les discriminations.
Cependant, cette mobilisation nouvelle des autorités publiques produit également une forme de dépolitisation du combat anti-raciste relevant davantage d’une posture pragmatique et « politiquement correcte » plutôt que d’une réelle volonté politique de transformation sociale.
En effet, au-delà d’une logique juridique pragmatique de mise en conformité avec les législations européenne et des Nations Unies, sein de l’engagement dans la lutte contre les discriminations, deux logiques paraissent surtout favorisées.
La première logique est stratégique : elle est purement motivée par les besoins de l’économie libérale dans un espace concurrentiel où la diversité culturelle apparaît devoir être valorisée.
Dans la pratique, les critères du monde de l’entreprise, autrement dit, le « risque » et le « profit » sont intégrés dans des appels à la lutte contre les « discriminations raciales ».
La « diversité culturelle » des entreprises est associée à des critères de compétitivité et communiquée par des dirigeants d’entreprise, des clubs de réflexion ou d’ « action positive », des ministres d’Etat proches des milieux économiques et politiques libéraux.
Dans cette logique, les valeurs de solidarité sont remplacées par des valeurs de réussite individuelle (travail, pugnacité, courage, risque, audace, entreprenariat…), communautaire et religieuse (tous les « Noirs » sont mes frères, respect des traditions culturelles et confessionnelles, valorisation de la réussite financière dans le pays d’origine à travers des actions charitables et humanitaires…) mesurée par des signes extérieurs de richesse et de pouvoir.
Pourtant, la lutte contre le racisme devrait d’abord s’inscrire dans un projet de société humaniste et ne peut donc pas durablement être rattachée à une posture cynique, gestionnaire et économiquement pragmatique.
Or, les responsables de l’Education nationale sont complices de cette posture.
En effet, au lieu de chercher à transformer le système éducatif en profondeur pour permettre à chaque élève, en fonction des ses capacités, de ses motivations et de ses rêves de construire un parcours scolaire de réussite et d’épanouissement personnel, le concept de « mérite » individuel (être bon élève) est considéré comme en principe indispensable pour entrer dans le monde prisé des élites propre aux filières d’excellence, des grandes écoles et des entreprises où la compétition est érigée en valeur.
Dans cette perspective, les actions de « discrimination positive » mises en œuvre dans des grandes écoles (ESSEC, Sciences-Po…) et des lycées parisiens prestigieux (Henri IV, Louis Legrand…) en faveur de quelques élèves méritants originaires des « quartiers sensibles » viennent masquer la réalité d’un système éducatif toujours très inégalitaire pour la majorité des élèves issus des classes populaires et plus particulièrement pour les migrants ou leurs descendants : la ségrégation ethnique dans l’école crée en effet de l’ethnicisation et non le contraire (6).
Pourtant, en cas d’échec, le tri scolaire opéré à l’entrée (respect et contournement de la carte scolaire) puis tout au long de la scolarité d’un élève laisse celui-ci et sa famille seuls face à leur « conscience malheureuse ».
En fait, la réussite scolaire est toujours largement associée d’une part, à la possession de capitaux culturel, social et économique à l’entrée à l’école et d’autre part, au respect d’un « ordre scolaire » autoritaire.
Le succès scolaire ne sanctionne donc pas le mérite unique des individus, c’est-à-dire, « le résultat objectif d’une action, la performance et l’engagement de l’acteur dans cette action » (Dubet, 2006 : p. 119) puisque celui-ci dépend également de la chance, des opportunités, des héritages et du respect des règles transmises et intériorisées dites et non dites.
Dans le système scolaire, la réussite relève donc d’un « mythe méritocratique » de justice.
La seconde logique est une logique de pacification sociale : des « figures d’exemplarité » sont chargées de neutraliser leurs pairs.
Dans un contexte de paupérisation, de ségrégation sociale et ethnique des quartiers populaires, au nom d’une politique d’insertion et de lutte contre les discriminations, il s’agit en réalité de surtout faire émerger des forces de l’ordre et des agents d’encadrement des « nouvelles classes dangereuses » (Rey, 1996) issus de ces mêmes milieux.
Dans la pratique, les pouvoirs publics annoncent le développement de forces de l’ordre issues des « minorités visibles » (7), recrutent massivement des médiateurs sociaux précaires à partir de critères principalement ethniques (Noirs, Arabes) et territoriaux (habiter un quartier sensible) et reconnaissent des « promoteurs de morale » religieux et ethno-culturels.
Cependant, cette logique contient des « effets pervers », notamment des risques de « racisation » : - seules les personnes noires ou arables sont finalement légitimées à intervenir auprès de personnes de la même origine qu’eux ; - tous les rapports de domination, d’inégalités et d’humiliations sont amalgamés à la production du racisme.
Le rôle des élites d’origine immigrée
En définitive, dans l’objectif de réaliser un projet de société libéral-sécuritaire incarné en France par Sarkozy, le combat anti-raciste éclaté est largement instrumentalisé par ceux qui jugent utile de conjuguer une société flexibilisée, ethniquement divisée et culturellement étanche mais sécurisée par un nombre important de forces de l’ordre diversifiées et contrôlées par des croisés de la morale.
Dès lors, dans cette entreprise, des acteurs des classes dominantes et dirigeantes s’associent avec des représentants des « minorités ethniques » ou religieuses.
En fait, les théoriciens d’inspiration « marxienne », sans doute un peu trop rapidement déjugés par la plupart des analystes des relations interethniques, apportent un éclairage fondamental pour comprendre cette alliance.
Dans les années soixante-dix, ces analystes avaient en effet souligné que les critères de différenciation raciale et ethno-culturelle ne sont pas seulement utilisés par les classes dominantes mais aussi par une frange des groupes ethnifiés (8), c’est-à-dire par « une petite bourgeoisie ethnique qui aspire à devenir bourgeoisie » (Bernier, Elbaz, Lavigne, 1978 : p. 45).
Les détenteurs d’une autorité traditionnelle, charismatique ou rationnelle, notamment économique et politique, qu’ils soient issus des classes dominantes ou des groupes minoritaires, ont intérêt à maintenir des critères de différenciation ethniques et raciaux pour maintenir ou développer leur pouvoir.
Dans le système capitaliste, le maintien de caractères ethno-culturels a donc une explication principale : la division de la classe exploitée pour préserver l’ordre établi garantissant les profits financiers ainsi que la reproduction du pouvoir détenu par une « élite » exploitant et aliénant la majorité.
Ainsi, « les critères de justification du statut des minorités » (la culture, les coutumes, la couleur de peau…) sont utilisés idéologiquement car ils sont des prétextes pour maintenir un système d’exploitation et d’aliénation.
En France, on comprend mieux alors l’ambivalence de certaines élites issues de l’immigration :
« La bourgeoisie minoritaire en tire aussi des avantages : en effet, ce n’est que si elle transforme la majorité (y compris le prolétariat) du groupe ethnique dont elle fait partie en base politique pour elle-même que cette bourgeoisie peut être incluse dans la bourgeoisie autochtone ; de là la position ambiguë de la bourgeoise « ethnique », devant à la fois exalter la culture nationale (ou particulière) pour maintenir sa base politique, et souligner les intérêts de classe qu’elle partage avec le reste de la bourgeoisie » (Bernier, Elbaz, Lavigne, 1978 : p. 51).
Conclusion
Pour conclure, au-delà d’un discours moraliste ou misérabiliste, le combat pour l’intégration, contre le racisme et les discriminations est donc avant tout lié à un choix politique : - soit, combler l’écart entre « l’égalité formelle » et « l’égalité réelle » en développant des actions ambitieuses antisécuritaires, de solidarité, d’émancipation et de régulation du marché économique pour plus de justice sociale et de reconnaissance des personnes ; - soit, déconnecter l’expression du racisme et des discriminations des rapports sociaux inégalitaires en promouvant une société libérale, rationnelle et hyper-judiciarisée s’appuyant sur une conception idéologique méritocratique (responsabilité individuelle), élitiste, moraliste, sécuritaire, voire communautariste.
Or, nous pensons qu’il est urgent de stopper le remplacement du rapport de classe par le rapport de « race ».
Voulons-nous en effet qu’à l’instar des Etats-Unis, notre société soit fondée, comme l’affirme Yves Michaud (9), non plus sur un projet politique individualiste et égalitariste mais sur trois piliers : la religion, le droit et l’argent ?
Au lieu de se diviser, de se déchirer et au bout du compte de laisser les « libéraux et/ou moralo-sécuritaires » tirer politiquement profit de ces divisions, n’est-il pas important que les mouvements laïques et d’éducation populaire ainsi que les partis démocratiques réinvestissent un antiracisme politique subversif combinant le combat contre le racisme avec la lutte internationale face à l’ultra-libéralisme économique dérégulateur ? Manuel Boucher Sociologue.
Bibliographie
Amselle, J-L., M’Bokolo, E., Au cœur de l’ethnie. Ethnies, tribalisme et état en Afrique, Paris, éd. La Découverte/Poche, 1999. Begag, A., La République à ciel ouvert, Rapport pour Monsieur le ministre de l’intérieur, de la sécurité et des libertés locales, 2004. Bernier, B., Elbaz, M., Lavigne, G., « Ethnicité et lutte de classes » in Anthropologie et Société, vol. 1, n°1, 1978. Bolzman, C., Boucher, M., « Convergences et divergences en Europe sur l’immigration » in Le Monde Diplomatique, juin 2006. Boucher, M. (dir.), De l’égalité formelle à l’égalité réelle. La question de l’ethnicité dans les sociétés européennes, Paris, L’Harmattan, 2001. Boucher, M., Turbulences, contrôle et régulation sociale. Les logiques des acteurs sociaux dans les quartiers populaires, Paris, L’Harmattan, 2003. Boucher, M., « Travail social, intervention sociale et pacification sociale. D’un projet d’intégration et de contrôle à une action d’émancipation ? », in Recherches Sociologiques, Volume XXXV, n°3, 2004. Boucher, M., Discriminations et ethnicisation. Combattre le racisme en Europe, La Tour d’Aigues, 2006. Castel, R., L’insécurité sociale : Qu’est-ce qu’être protégé ?, Paris, Seuil, 2003. Donzelot, J., Mével, C., Wyvekens, A., Faire société. La politique de la ville aux Etats-Unis et en France, Paris, Seuil, 2003. Dubet, F., Les inégalités multipliées, La Tour d’Aigues, l’Aube, 2000. Dubet, F. (dir.), Injustices. L’expérience des inégalités au travail, Paris, éd. Seuil, 2006. Felouzis, G., « La ségrégation ethnique au collège et ses conséquences » in Revue Française de Sociologie, 44-3, juillet-septembre 2003, pp. 413-447. Felouzis, G., Liot, F., Perroton, J., L’Apartheid scolaire. Enquête sur la ségrégation ethnique dans les collèges, Paris, éd. Seuil, 2005. Lalouette, J., « Anticléricalisme et laïcité », in Becker, J-J., Candar, G. (dir.), Histoire des gauches en France, volume 2, Paris, La Découverte, 2004. Maurin, E., Le ghetto français. Enquête sur le séparatisme social, Paris, Seuil, 2004. Mucchielli, L., Le Goaziou, V. (dir.), Quand les banlieues brûlent. Retour sur les émeutes de novembre 2005, Paris, éd. La Découverte, 2006. Rey, H., La peur des banlieues, Paris, Presses de Sciences Po, 1996. Taguieff, P-A., L’illusion populiste. De l’archaïsme au médiatique, Paris, Berg International, 2002. Venner, F., OPA sur l’islam de France. Les ambitions de l’UOIF, Paris, éd. Calmann-Lévy, Paris, 2005.
Notes
- Pour une large part, ce texte reprend les éléments d’un article déjà publié in M. Boucher (dir.), Discriminations et ethnicisation. Combattre le racisme en Europe, La Tour d’Aigues, éd. L’Aube, 2006.
1- Un jeune homme, Ilan Halimi, choisi parce qu’il appartenait à la « communauté juive » et donc considéré comme potentiellement riche fût attiré par une rabatteuse appartenant à une bande criminelle, séquestré puis torturé par ses geôliers au point qu’il mourut de mauvais traitements avant que la rançon demandée en échange de sa libération ne put être remise ; Chaïb Zehaf a été abattu le 4 mars 2006 à la sortie d’un bar à Oullins par un déséquilibré fasciné par les armes à feu et les thèses de l’extrême droite. Suite à ces crimes, des manifestations ont été organisées mais ont suscité des polémiques et des différences de point de vue importantes entre les mouvements anti-racistes.
2- Le mouvement des Frères musulmans est une organisation fondamentaliste fondée en 1928 en Egypte par un jeune instituteur du nom d’Hassan al-Bana. Elle est basée sur cinq commandements : « Dieu est notre but ; le Prophète est notre modèle ; le Coran est notre loi ; le jihad est notre vie ; le martyre est notre vœu ».
3- Le 13 mai 2006, à l’appel du collectif « Uni(e)s contre une immigration jetable », une mobilisation nationale est organisée à Paris pour protester contre la réforme - proposée par le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy - de la loi sur l’immigration modifiant le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA). Ce qui est contesté par les manifestants c’est le durcissement de la législation en matière d’immigration au prétexte qu’il serait nécessaire de passer d’une « immigration subie » à une « immigration choisie ».
4- Il s’agit d’un mode d’auto-organisation d’un groupe social et culturel dans une perspective ethnocentrique.
5- Cf. M. Boucher, « Quand le MRAP dérape : analyse d’une dérive », 8 février 2006, article mis en ligne sur le site « www.prochoix.org ». Ne prenant pas la mesure de l’offensive des mouvements islamistes en France et en Europe, opérant par amalgame : tous ceux qui dénoncent les attaques contre la laïcité de la part de ces groupes sont des « islamophobes », des responsables de la Ligue des droits de l’homme (Jean-Pierre Dubois, président de la LDH, Henri Leclerc et Michel Tubiana, présidents d’honneur de la LDH) dénoncent dans le journal Libération du 16 mai l’appel « Un cri contre le racisme et contre l’intégrisme » (www.petition.com) lancé également dans Libération le 28 avril 2006 et initié par Caroline Fourest (essayiste et rédacrtice en chef de ProChoix, Corinne Lepage (ancienne ministre et présidente de Cap 21, Pierre Cassen (Les Amis de Respublica). Par crainte « politiquement correcte » d’être taxés d’islamophobes, ces membres de la LDH abdiquent face aux attaques des obscurantistes soulignant qu’ils préfèrent « dialoguer plutôt que diaboliser l’islam politique ».
- Commission Départementale d’Accès à la Citoyenneté.
- Commission pour la Promotion de l’Egalité des Chances et la Citoyenneté.
- Fonds d’Action et de Soutien pour l’Intégration et la Lutte contre les Discriminations.
- Haut Conseil à l’Intégration.
- Groupe d’Etudes et de Lutte contre les Discriminations.
- Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations.
6- Des chercheurs en sciences sociales de Bordeaux ont montré que dans cette académie, l’école accentue la ségrégation au point on l’on peut parler d’ « apartheid scolaire » ou de « ghetto scolaire » : « 10% des collèges concentrent 40% des élèves issus de l’immigration, qu’ils soient ou non de nationalité française. Les trois quarts de ces élèves viennent de milieux défavorisés et la moitié ont un ou deux ans de retard. » Cf. G. Felouzis, F. Liot, J. Perroton, L’Apartheid scolaire. Enquête sur la ségrégation ethnique dans les collèges, Paris, éd. Seuil, 2005 ; G. Felouzis, « La ségrégation ethnique au collège et ses conséquences » in Revue Française de Sociologie, 44-3, juillet-septembre 2003, pp. 413-447.
7- Cf. A. Begag, La République à ciel ouvert, Rapport pour Monsieur le ministre de l’intérieur, de la sécurité et des libertés locales, novembre 2004. Ce travail a été remis à Dominique de Villepin le 14 décembre 2004.
8- Critiquant le colonialisme, des africanistes révèlent que l’« ethnification » est une forme de domination et de dépolitisation. Le processus d’ethnification favorise la construction de catégories et de frontières exogènes et/ou endogènes. Cf. J-L. Amselle, E. M’Bokolo, Au cœur de l’ethnie. Ethnies, tribalisme et état en Afrique, Paris, éd. La Découverte/Poche, 1999.
9- Voir l’entretien de Yves Michaud in Le Monde du mercredi 29 décembre 2004, p. 8.
Portrait de Caroline Fourest dans "Le Monde"
Pantalon noir, blazer rouge, frêle silhouette d'adolescente : Caroline Fourest a des airs de jeune fille rangée, ce samedi 25 mars, à l'Assemblée nationale, au moment de recevoir le Prix du livre politique 2006 pour La Tentation obscurantiste (éd. Grasset, 168 p., 9 €). Debout, les mains sagement posées sur son pupitre, elle s'exprime sans notes, sous les regards du président de l'Assemblée, Jean-Louis Debré, et du ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres : "Oui, l'islamisme est bien le représentant du nouveau danger totalitaire mondial, et non, nous n'avons aucune circonstance atténuante, ni tiers-mondiste, ni antiraciste, à lui trouver !", lance-t-elle.
Situation un brin insolite : d'habitude, la journaliste de Charlie Hebdo donne ses conférences assise en tailleur, devant des parterres de professeurs laïques ou de réfugiés algériens. Curieuse consécration, surtout, pour une militante qui se réclame d'un féminisme radical et libertaire, et qui fustige Nicolas Sarkozy jusque dans les colonnes du Wall Street Journal. Drôle d'itinéraire, enfin, puisque cette oratrice hors pair, devenue la mauvaise conscience de la gauche antiraciste, a grandi dans la bonne bourgeoisie provinciale.
Toute petite, déjà, lors des réunions familiales, c'est à Caroline qu'on demandait de faire les discours. Le père est négociant en vins, la mère antiquaire, et ils ont confié leur fille à la Nativité, une institution privée d'Aix-en-Provence : "Il y avait une église au milieu de la cour, et en cas de manifestation, les grilles étaient fermées pour pas qu'on soit perverti...", raconte-t-elle. Elle a 12 ans quand survient la libération : ses parents divorcent, elle s'installe à Paris avec sa mère et rejoint, "ravie", le collège public. Arrivent les années de l'éveil ; celles d'une prise de conscience, aussi, longtemps différée : l'homosexualité, et avec elle la sensibilité à "tout ce qui est minoritaire".
C'est en devenant journaliste qu'elle naît à l'engagement. Pour le magazine étudiant Transfac, elle enquête sur les relations entre l'actrice porno Tabata Cash et le néonazi "Batskin", avant d'infiltrer les rangs d'une secte chrétienne. Les droites extrêmes, d'un côté, les intégrismes religieux, de l'autre : tout est en place lorsque Caroline Fourest rencontre la chercheuse en sciences politiques Fiammetta Venner, bête noire des associations anti-avortement. Elles ne se quitteront plus, "fusionnelles jusque dans l'écriture". Les deux complices fondent une feuille féministe, baptisée Prochoix, la "Revue du droit de choisir", qui pourfend tous les intégrismes religieux.
Arrive le mois de septembre 2001 et ses traumatismes cruciaux. D'abord, le "putsch islamiste" de Durban, en Afrique du Sud, où la conférence contre le racisme dégénère en forum mondial de la haine : "Le climat était irrespirable, nous sommes revenues K.-O. ; après ça, franchement, je ne me voyais pas continuer à écrire sur les commandos anti-IVG...", confie Caroline Fourest. Puis, dans les jours qui suivent leur retour en France, le World Trade Center part en fumée.
Voilà l'inflexion décisive qui amènera non seulement les animatrices de Prochoix à approfondir leur "parti pris laïque" - elles soutiennent la loi sur l'interdiction des signes religieux à l'école -, mais aussi à poser cette question à la gauche : pourquoi prêter à l'islam radical une dimension émancipatrice, alors que les autres intégrismes apparaissent d'évidence comme dangereux ? "Je disais : "Ecoutez, vous n'inviteriez pas Christine Boutin au Forum social européen ! Pourquoi inviter Tariq Ramadan, dont le positionnement est tout aussi réactionnaire ?"", se souvient l'auteur d'un essai intitulé Frère Tariq. Discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan (Grasset, 2004).
Les choses se compliquent alors pour de bon : tout en continuant à attaquer George Bush et la droite religieuse américaine, elle multiplie les textes au vitriol contre les "compagnons de route" de l'islamisme. Au point de susciter l'ire de certains, notamment parmi ses anciens camarades qui la soupçonnent de verser dans une obsession anti-musulmane. D'autres, comme François Gèze, directeur des éditions La Découverte, sévèrement mises en cause dans La Tentation obscurantiste, la rangent parmi les représentants d'une gauche figée dans sa bigoterie : "Je ne mets pas en doute sa sincérité. Mais la croyance qui l'anime est de l'ordre de la foi, et elle est symptomatique de cette partie de la gauche française que j'appelle les "intégristes de la République"".
Car Caroline Fourest ne fait pas toujours dans la nuance. Sur les "alliances paradoxales et dangereuses" du MRAP ou encore de la Ligue des droits de l'homme, elle tape fort, donne des noms, et attend encore de ses détracteurs une authentique réfutation. "Quand j'écrivais pour le pacs et contre Christine Boutin, je me faisais traiter de "communautariste". Depuis que je défends la laïcité et que j'écris contre Tariq Ramadan, je me fais traiter de "républicaniste réac" ! On caricature ce que vous avez écrit, on vous fait dire le contraire de ce que vous avez dit. Moi je ne veux pas finir comme une vieille conne de droite à 80 ans, et j'essaie de faire en sorte que la gauche ne me dégoûte pas d'avoir choisi son camp", s'insurge-t-elle, en rappelant qu'elle a cosigné - avec Salman Rushdie ou Taslima Nasreen, entre autres - un Manifeste contre le totalitarisme islamique, et qu'elle compte nombre de soutiens parmi les démocrates du monde arabo-musulman.
Chez les adhérents du Manifeste des libertés, par exemple, cette association créée en 2004 pour défendre une pensée laïque en islam. Ainsi, tout en critiquant son analyse des mouvements islamistes, le psychanalyste Fethi Benslama, auteur d'une récente Déclaration d'insoumission à l'usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas (Flammarion), rejoint Caroline Fourest pour pointer le manque de vigilance de certains "progressistes" : "J'ai beaucoup de difficultés avec mes amis de gauche et d'extrême gauche, qui ne comprennent pas la position des démocrates dans les pays arabes. Il y a chez eux un aveuglement sur les dangers de l'islamisme", assure l'écrivain.
C'est ceux-là mêmes que Caroline Fourest appelle les "idiots utiles" de l'intégrisme. En les désignant comme tels, elle savait à quoi s'attendre. Dans une galaxie antiraciste désormais en voie d'implosion, il n'y a souvent plus guère que des coups à prendre.
Jean Birnbaum Article paru dans l'édition du 12.05.06
Précisions de Caroline Fourest
Non pas dans le portrait mais dans l'accroche en une, Le Monde me présente comme "anti-religieuse". Je tiens juste à préciser que je respecte toutes les cultures, y compris religieuses. Je ne travaille pas sur la religion en tant que telle mais sur l'intégrisme. Si bien que je dénonce dans mes essais uniquement la religion lorsqu'elle est instrumentalisée au point de devenir une idéologie liberticide. Mes premiers essais ont d'ailleurs été publiés chez Golias, des catholiques de gauche. Et je travaille très souvent avec des croyants opposés à l'intégrisme. Donc je ne me reconnais pas dans le terme "anti-religieux".
Je ne me reconnais pas non plus tout à fait dans le terme "militante", souvent accolée aux essayistes engagées... lorsqu'elles sont de sexe féminin (tellement la figure de l'intellectuel a été masculinisée dans l'inconscient collectif). Mon engagement passe par l'enquête, l'analyse et l'écriture. J'assume un propos clair et engagé. Mais uniquement guidé par le désir de pédagogie publique, où le devoir d'informer et de vérité passera toujours avant la moindre de mes convictions.
Un Cri contre le racisme et contre l’intégrisme
Citoyens à la fois opposés au racisme et à l'intégrisme, nous poussons un cri. Depuis le 11 septembre 2001, le débat public semble avoir perdu tous ses repères. Tandis qu'une droite populiste et raciste surfe sur la peur de l'autre et de l'islam (en amalgamant Arabes avec musulmans, musulmans avec intégristes et intégristes avec terroristes), une certaine gauche a abdiqué tout esprit critique face à l'obscurantisme et traite d'«islamophobe» toute personne ayant l'audace de dire non à l'islam politique réactionnaire. Même lorsque cette résistance se fait au nom de l'attachement à la laïcité, à l'égalité hommes-femmes, par refus de l'incitation à la haine sexiste, homophobe ou antisémite. Il faut d'urgence sortir de ce double piège. Et redire, haut et fort, que nous voulons nous battre à la fois contre le racisme et contre l'intégrisme. Tous les racismes (antiarabe comme antijuif, comme antifemme ou antihomosexuel) et tous les intégrismes (de toutes les religions).
Pour éviter que le 11 septembre ne sonne le glas de la laïcité, il faut cesser de se taire face à l'offensive de l'islam intégriste. Elle gagne partout du terrain. En Palestine et en Egypte, les Frères musulmans (matrice de l'islam politique réactionnaire) viennent de remporter des succès électoraux comme jamais. Ailleurs, ils se placent en médiateurs, voire en tuteurs des communautés musulmanes sous prétexte de lutter contre le terrorisme. Comme en Angleterre ou en France. Après avoir invité l'UOIF à s'asseoir à la table de la République et du Conseil français du culte musulman, Nicolas Sarkozy ne propose-t-il pas de modifier la loi de 1905 ? Dans le même temps, des députés UMP, comme Eric Raoult ou Jean-Marc Roubaux, ne proposent-ils pas de réactiver le délit de blasphème à la demande d'organisations musulmanes refusant le droit à l'irrévérence et à la caricature ? Si ces deux piliers, la loi de 1905 et la liberté d'expression, tombaient ou du moins s'effritaient, avec quelles armes pourrions-nous nous défendre face à cet obscurantisme qui a bien le visage de nouveau totalitarisme ? Sur quoi pourrions-nous bâtir notre résistance face à la montée de tous les fanatismes ?
Pour éviter un second 21 avril 2002, tout en menant ce combat contre l'intégrisme, il faut aussi reprendre la lutte contre le racisme et l'extrême droite. Dire et redire que le combat contre l'obscurantisme n'est pas un combat contre l'immigration ou contre les croyants. Mais un combat républicain et laïque devant unir tous les citoyens, quelle que soit leur origine, croyants, athées ou agnostiques. Même si les médias ne veulent pas l'entendre et préfèrent souvent donner la parole aux barbus ou aux filles voilées, ce combat est remarquablement porté aujourd'hui par des citoyens de culture ou de confession musulmanes (81 % sont attachés au principe de laïcité). En particulier, ceux d'origine algérienne ou iranienne (10 % des chauffeurs de taxis parisiens sont des Iraniens réfugiés en France). Ceux-là ont fui l'islamisme et connaissent, mieux que personne, le prix à payer lorsque la religion fait la loi. Les musulmans du monde entier, comme les habitants des quartiers populaires français, sont les premières victimes de l'intégrisme. Nous refusons de laisser ces quartiers être mis sous tutelle par des groupes religieux parce que l'Etat se désengage du social.
De même que nous refusons de laisser croire que les émeutes de novembre dernier ou les explosions de violence sont dues à l'«islamisation» de la France. Les islamistes n'en ont pas été les inspirateurs, même s'ils ont essayé d'apparaître auprès des pouvoirs publics comme des médiateurs pouvant se substituer aux autorités de la République. Sans succès. Pour l'instant... Qu'en sera-t-il lorsque le lien social et interculturel ne sera plus qu'un champ de ruines, à cause des subventions qui n'arrivent pas aux associations citoyennes, ou qui arrivent trop aux associations confessionnelles ? La colère, la rage, la recherche du profit et de l'argent facile, sont bien à l'oeuvre dans les quartiers défavorisés. Si «islamisation» il y a, elle est due certes à la propagande des intégristes mais aussi au fait d'abandonner des citoyens et des quartiers entiers à l'exclusion, à l'inégalité et à la stigmatisation.
En cela, les discours plein de haine et de raccourcis de Jean-Marie Le Pen ou de Philippe de Villiers, ou encore celui de Nicolas Sarkozy (qui dit dans son livre préférer l'espérance religieuse à l'espérance sociale), ne peuvent que contribuer à grossir les rangs des islamistes. Nous refusons de leur laisser le combat pour l'égalité, les libertés et la laïcité. Les signataires de ce cri demandent donc à chaque formation qui postule aux prochains suffrages de s'engager clairement à combattre sans concession à la fois l'intégrisme que représente l'islam politique liberticide et le racisme.
- Précision : le titre ,"Contre un nouvel obscurantisme", sous lequel est paru la pétition dans Libération le 28/04/06 n'est pas de nous mais de Libé.
INITIATEURS : Caroline Fourest (essayiste et rédactrice en chef de la revue ProChoix), Corinne Lepage (ancienne ministre et présidente de Cap 21), et Pierre Cassen (Les Amis de Respublica)
ASSOCIATIONS SIGNATAIRES : La Revue ProChoix, l’Union des Familles Laïques, Les Amis de Respublica, SOS Racisme, Le Mouvement Français pour le Planning Familial, Femmes contre les intégrismes, AIME (d’ailleurs ou d’ici mais ensemble), Comité Laïcité République, LEA (Laïcité Ecologie Association)
PARMI LES PREMIERS SIGNATAIRES : Yvette ROUDY (Ancienne ministre), Philippe VAL (directeur de Publication de Charlie hebdo), Elisabeth BADINTER (Philosophe), Fiammetta VENNER (Politologue et essayiste), Antoine SFEIR (directeur des Cahiers de l’Orient), Chahla CHAFIQ (Sociologue et écrivaine), Juliette Minces (Anthropologue), Bernard Teper (président de l'Union des Familles Laïques), René Pétillon (dessinateur), Loubna Méliane (Co-fondatrice du Mouvement Ni Putes Ni Soumises), Ingrid Renaudin (Co-fondatrice du Mouvement Ni Putes Ni Soumises), Dominique SOPO (président de SOS RACISME), Samia LABIDI (Association d’Ailleurs ou d’Ici Mais Ensemble), Ziad GOUDJIL (Histoires de Mémoire), Annie SUGIER (présidente de La Ligue du Droit International des Femmes), Linda Weil-Curiel (Commission pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles), Fatima LALEM (sociologue et militante au MFPF), Françoise KEYSER (Femmes contre les Intégrismes), Philippe Foussier (Président du Comité Laicité République), Patrick Kessel (Président d'Honneur du Comité Laïcité République), Philippe NAMIAS (président de Laïcité Ecologie Association), Bernard Frederick (rédacteur en chef de la revue FondationS), Lola Devolder (membre du comité éditorial de ProChoix), Taos Aït Si Slimane (Médiatrice scientifique à la Cité des sciences), Michèle Vianès (responsable d'associations, féministe et laïque), Nasser RAMDANE (responsable à SOS Racisme), Alain Callès (Ancien président du Mrap), Emmanuelle Le Chevallier (Membre du Conseil d'Administration du MRAP), Nadia Kurys (membre du Bureau Exécutif national et de la Présidence nationale du MRAP), Arlette ZILBERG (adjointe au maire du 20ème arrondissement de Paris, élue Verte), Hélène ZANIER (conseillère municipale Les Verts), Arezki Metref (Journaliste et écrivain), Terna HAJJI (citoyenne française), Françoise Seligmann (présidente d’honneur de la LDH), Françoise LAURANT (présidente du MFPF)…
POUR SIGNER LA PETITION : http://www.petitiononline.com/2104/petition.html
Pétition en ligne mode d'emploi
1) Allez sur http://www.petitiononline.com/2104/petition.html
2) Cliqueé sur "Sign the Petition"
3) Remplir votre prénom puis votre nom dans "name", votre adresse e-mail (qui restera confidentielle) et une présentation" (ex : "membre de telle organisation" ou "mon métier" ou "métier membre de telle association")
4) Appuyer sur le bouton "Preview your signature"
5) si la page qui s'affiche vous convient, appuyez sur le bouton "approve signature" sinon quittez et recommencez.
PS : nous sommes désolés pour les non anglophones mais petition online est le seul site permettant un service d'inscription en ligne individuel et informatique aussi performant.
Caroline Fourest répond aux questions des internautes du Nouvel Obs.com
Auteure de la Tentation obscurantiste et Frère Tariq, Caroline Fourest répondait aux questions des internautes sur le chat du Nouvel Obs.com. Il nous a semblé interessant de publier le contenu des échanges.
Question de isma (postée le 05/12/2005 à 19h33)
''Bonjour Me Fourest.
Pensez vous que l’hostilité généralisée en France à l’expérience
démocratique iraquienne - certes imparfaite, mais unique dans le monde
arabe- et le soutien tout aussi dérangeant à une "résistance"
sanguinaire sont des signes supplémentaires d’une complaisance
franchouillarde à l’islamisme?
En d’autres termes, n’y a t’il pas une tendance bien dangereuse à ce
pays à sacrifier toute valeur démocratique et libérale dés lors que
l’on peut satisfaire antiaméricanisme et antisionisme?
Cordialement.''
Réponse de C.Fourest
D’abord bonjour à tous et merci d’être aussi nombreux... Je vais prendre un peu d’avance parce que nous en sommes déjà à 139 questions avant le début du forum ! On va essayer de frustrer le moins de monde possible, promis...
Concernant la première question. Je suis d’accord que sur le fait que les démocrates, notamment en France, développent à l’heure actuelle une forme de tendance à l’auto-flagellation assez risquée étant donné la détermination actuelle des anti-démocrates. Mais cela ne veut pas dire que la résistance, urgente, que nous devons déployer face à l’intégrisme doive nous faire oublier notre esprit critique et le sens de la nuance qui font la beauté de la démocratie. Par exemple, on peut être fermement démocrate, laïque, féministe et penser, comme moi, que la guerre en Irak était une absurdité, que la politique étrangère américaine en générale créé souvent plus de problèmes qu’elle n’en résout...
On peut aimer la France d’aujourd’hui et penser pourtant qu’elle n’a pas assez exercer son devoir critique envers son passé colonial, ni fait pour concrétiser son ambition universaliste d’égalité pour tous.
Question de nadir (postée le 05/12/2005 à 21h11)
bonjour, pourquoi avoir écrit un ouvrage denigrant Mr Ramadan alors
que lui lutte contre l’islam violent en france, votre ouvrage ne risque
que t’il pas de créér un amalgame entre islam radicale et islam
tolérant ouvert au dialogue?
Réponse de C.Fourest Bonjour Nadir, Je n’ai pas écrit un ouvrage pour dénigrer Tariq Ramadan mais pour permettre au plus grand nombre, qui n’ont pas comme moi le temps d’écouter ses cassettes et de lire ses livres, de décoder certains non dits de son discours. Justement pour que l’on cesse de le présenter comme un réformateur libéral de l’islam, alors qu’il défend une réforme fondamentaliste... Car pendant ce temps, les véritables penseurs de l’islam libéral, et il y en a, voient leur parole confisquée ! L’islam libéral est beaucoup plus ouvert et progressiste que Tariq Ramadan, mais trop de journalistes préfèrent enfermer cette religion dans une vision exotique et archaïque où le moindre prédicateur fondamentaliste parlant poliment leur apparaît comme le summum de la modernité. Je préfère m’intéresser aux discours qu’aux apparences.
Question de : nadir (postée le 05/12/2005 à 21h13) bonjour, pourqoui avez vous refusé de debattre publiquement avec Mr tariq ramadan sur la chaine de télévision suisse?
Réponse de C.Fourest Bonjour ou rebonjour Nadir, J’ai refusé de débattre sur la TSR parce que je m’étais engagée auprès de France 2 pour avoir ce débat chez "Mots Croisés", qui me paraissait présenter les meilleurs conditions requises : à savoir les conditions du direct. L’émission Suisse en question avait déjà fait un sujet sur Tariq Ramadan, dont elle prend volontiers le parti, et l’un de ses contradicteurs avait été coupé au montage... Je n’ai pas eu confiance. Tout simplement.
Question de : nadir (postée le 05/12/2005 à 21h17) bonjour Caroline, vous qui avez lu et ecouté Mr Ramadan en quoi trouvez vous qu’il encourage l’islam radical? merci de répondre en donnant des réfernces a ces livres ou cassette disponible dans les librairies islamiques.
Réponse de C.Fourest Bonjour Nadir ou re-re-bonjour Nadir, s’il s’agit du même. Je trouve que Tariq Ramadan défend un islam radical parce que : - il se revendique de la réforme salafi, c’est-à-dire fondamentaliste, même s’il ne faut pas confondre cette école de pensée avec le salafisme tout court, - qu’il enseigne Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans, comme le plus grand réformiste musulman, l’homme qu’il faut suivre comme un modèle (voir notamment sa thèse, son livre Aux sources du Renouveau Musulman et ses cassettes sur "courants de la pensée musulmane contemporaine, partie 2 et 3 sur Hassan al- Banna, édition Tawhid) -parce qu’il désaprouve les mariages mixtes (Peut-on vivre avec l’islam ? je ne me souviens plus de l’éditeur mais je crois que c’est réédité chez Fayard..) -parce qu’il parle de l’homosexualité comme révélant "une perturbation, un déséquilibre" (Peut-on vivre avec l’islam, p.152,) -parce qu’il encourage un "féminisme islamique" en guerre contre le féminisme tout court, comme celui de Taslima Nasreen par exemple, qu’il juge "occidentalisé" (Peut-on vivre avec l’islam ?, p 126) -parce qu’il défend une vision de la famille patriarcale et "traditionnelle", selon ses mots, comme la seule famille possible chez les vrais musulmans… -Parce qu’il invite les jeunes musulmans à militer pour des "piscines non mixtes" (Cassettes sur les Grands péchés, Tawhid) -Parce qu’il se moque des musulmans laïques et progressistes comme des musulmans sans "l’islam" (voir son introduction au recueil de fatwa du Conseil européen de la fatwa, Tawhid) Il faudrait 426 pages et 600 notes de références pour expliquer ce qui m’a convaincu du fait que Tariq Ramadan défendait un islam fondamentaliste et radical. Ca s’appelle Frère Tariq et c’est en librairie comme tous les ouvrages dont je parle et que l’on peut consulter. Je ne demande pas à être crue sur parole.
Question de : nadir (postée le 05/12/2005 à 21h19) quels sont en france les différents courant de pensé islamique lesquels jugez vous les plus dangereux pour l’avenir de la république? en existe t’il des paissibles?
Réponse de C.Fourest Cher Nadir, Il existe des courants islamiques plus radicaux, comme le courant salafiste, mais qu’ils soient djihadistes ou séparatistes, je les juge moins dangereux pour la République et ses valeurs que les Frères musulmans. Parce qu’il s’agit d’un intégrisme beaucoup plus stratège et difficile à démonter, qui sait endosser le costume de la démocratie, négocier avec les pouvoirs publics, mentir s’il le faut, pour pouvoir faire avancer son agenda, à savoir la mise sous tutelle de la communauté musulmane puis la fédération de ses troupes à l’échelle internationale. Les terroristes font plus de bruit mais au moins on sait ce qu’ils veulent et nous pouvons toujours les arrêter pour troubles à l’ordre public. L’intégrisme, c’est plus compliqué. Oui, il existe des courants islamiques paisibles et laïques, notamment ceux qui prône une réforme moderniste et se revendiquent du livre d’Abdelrazq : "l’islam et les fondements du pouvoir".
Question de nadir (postée le 05/12/2005 à 21h23) est-il vraie que les citations de Mr ramadan que vous faite pour le dénigrer sont sortis de leur contexte?
Réponse de C.Fourest Cher Nadir, Comme je vous l’ai en partie expliqué plus haut, ce livre n’est pas fait pour dénigrer mais pour informer. Et chaque citation renvoie à une note, avec la source et la référence. Libre à vous de vous y rendre et de juger si j’ai bien fait mon travail de journaliste ou non. Je sais, moi, le temps que j’y ai passé, les mois de boulot qu’il a fallu pour reconstituer justement la pensée de Tariq Ramadan dans son contexte. Parce qu’on ne peut rien comprendre à son discours sans son contexte. C’est son contexte qui rend chacune de ses phrases a double tranchant. En fait, je me rend compte que tout mon travail a justement été de les remettre dans leur contexte... D’où le pavé ! Heureusement j’avais un éditeur compréhensif, qui a compris que je préférais faire long et moins vendeur plutôt que ne pas restituer ce contexte...
Question de : nadir (postée le 05/12/2005 à 21h24) bonjour Mme Fourest,l’islamophobie fantasme ou realité?
Réponse de C.FourestCher, très cher Nadir, Le racisme envers les Arabes existe, très clairement. Il fait même partie de ces fléaux qui m’ont donné envie de militer dans ma vie. Depuis le 11 septembre, certains racistes croient pouvoir se donner bonne conscience en se disant simplement anti-musulmans. Personnellement, je considère que le racisme envers les croyants est un racisme. Par contre, je refuse d’utiliser le mot "islamophobie" parce qu’il confond le racisme envers les croyants avec le fait de pouvoir critiquer la religion, ou de s’opposer à l’intégrisme au nom de la laïcité, de la démocratie ou du féminisme. Autant la première posture est inacceptable, autant la seconde est une liberté qu’aucune censure anti-blasphème ne doit empêcher.
Question de : nadir (postée le 05/12/2005 à 21h28)
bonjour, ne trouvé vous pas qu’à force de hierachiser les actes
racistes en france et ailleurs, cela entraine les jeunes issues de
l’immigration qui ne sont pas dupe,vers l’islamisme? frére nadir.
Réponse de C.Fourest
Frère Nadir,
Qui hiérarchise les actes racistes ? Que voulez-vous dire ? Nous devons
tous militer contre toutes les formes de racisme, y compris contre
l’antisémitisme, c’est évident. Non pas pour éviter de fournir un
prétexte aux jeunes victimes de racisme de fuir vers l’islamisme (ils
ont malheureusement bien d’autres prétextes pour le faire) mais parce
que cette exigence nous améliore, tout simplement.
Question de : zoé (postée le 05/12/2005 à 21h35) Ne peut-on oublier un peu les "isme" : islamisme, judaïsme, christianisme ? et crétinisme, jamais ? Si les journalistes cessaient de mettre des étiquettes sur les gens, et les regardaient un peu comme des personnes ayant des idées différentes, on avancerait peut-être un peu dans "comment vivre ensemble" ? vous êtes fatigants. M.C
Réponse de C.Fourest Chère MC, Les "ismes" existent, c’est un fait. La radicalité fait partie de la vie, même si c’est fatiguant. Mais le débat d’idées, c’est fatiguant. La démocratie, c’est fatiguant. Mais l’avantage, avec la démocratie, c’est qu’on a le droit de prendre des vacances quand on est fatigué. Pas dans un Etat totalitaire.
Question de : tariq ramadan (postée le 06/12/2005 à 01h43) bonjour Caroline il trés facile de diaboliser quelqu’un en sortant ces propos de leur contexte, d’autant plus quand on refuse de débattre avec lui sur un plateau de TV.Frére tariq.
Réponse de C.Fourest Cher Frère Tariq, si c’est bien vous, Vous savez comme moi qui a posé des conditions infernales à l’équipe de "Mots Croisés" pour que ce débat n’ait pas lieu et que France 2 l’annule. Malgré ma demande qui était de le maintenir... Sur le moment, je me suis sentie un peu frustrée et déçue. Mais avec le recul, je crois que la lecture, de vos livres, comme des miens, convient mieux à la complexité du débat. Les esprits critiques sauront faire le tri.
Question de : tariq ramadan (postée le 06/12/2005 à 01h45) bonjour, quel est la definition de l’islamisme?
Réponse de C.Fourest J’ai toujours défini très précisément le mot "islamisme", dans mes livres comme dans mes interviews. J’utilise ce mot pour désigner l’"intégrisme", en l’occurrence musulman mais qui peut être juif ou chrétien. A savoir l’"instrumentalisation politique de la religion à des fins liberticides et réactionnaires".
Question de : tariq ramadan (postée le 06/12/2005 à 01h49) bonjour, ne pensez vous pas que les intégrésites de la laicité qui privent des jeunes filles de leurs libertés de conscience au nom de soi disant la république soit un facteur qui pousse la population issue de l’immigration vers un islam radical?
Réponse de C.Fourest Le mot "intégristes de la laïcité", voire ma définition plus haut est incorrect puisque l’"intégrisme" désigne une démarche au nom de la religion. Par contre, je veux bien assumer d’être radicalement laïque, c’est à dire radicalement attachée à la séparation du religieux et du politique, pour leur bien à tous les deux.
Question de : patrick (postée le 06/12/2005 à 15h51) bonjour, pensez vous que l’islam constitue un danger pour la république de part son imcompactibilité avec les valeurs républicaine?
Réponse de C.Fourest Absolument pas. L’islam n’est pas incompatible avec les valeurs républicaines, pas plus que n’importe quelle autre religion. Dans mes conférences, je me bats pour rappeler à ceux qui seraient tentés de penser que l’islam est moins compatible avec la démocratie que le christianisme n’a jamais voulu la laïcité même s’il est écrit de "rendre à César ce qui est à César dans la Bible". Nous avons dû lui arracher ! Et bien dans le Coran, il existe un très beau verset, la sourate de la délibération, qui dit "que les hommes délibèrent entre eux de leurs affaires". C’est une très belle incitation au respect des valeurs républicaines.
Quand j’ai lu le Coran, pour les besoins de mes recherches, j’ai souvent été surprise de son contenu souvent plutôt progressiste. Mahomet s’est battu pour que les femmes héritent (au moins la moitié des hommes), que l’excision soit modérée, il a refusé que l’on marie une fille de force, sans son consentement. Bien sûr, il y a aussi des passages très durs, mais comme dans tous les textes sacrés. Ce sont aux hommes de faire le tri et de garder le meilleur.
L’islam ne pose en soi aucun problème. Seul l’intégrisme menace les libertés et le vivre ensemble.
Question de : Kõjiro (postée le 06/12/2005 à 18h21) Bonjour, on a beaucoup reproché à M. Ramadam sa demande de "moratoire" sur la lapidation des femmes. Avec un sophisme des plus communs consistant à dire que le moratoire n’est qu’une suppression temporaire, donc une position bien trop "timide" face à l’horeur de la chose. Et donc qu’il (Tariq) n’était finalement pas contre la lapidation et donc qu’il était même pour ou un peu pour et pas vraiment contre, bref de quoi faire croire qu’il n’est pas clair sur le sujet (cf le double langage qu’il est sensé pratiquer...). Amnesty international s’est prononcé pour un moratoire sur la peine de mort dans le monde. En vertu de ce raisonnement Amnesty est donc un peu pour, pas vraiment contre la peine de mort ? Amnesty pratique elle le double langage ? Est ce si difficle d’admettre que c’est une chose que d’être opposé à des actes barbares comme la lapidation ou la peine de mort et une autre d’arriver à éradiquer ces comportements indignes de l’humain. Que ce n’est pas simplement en témoignant d’une indignation légitime que l’on peut agir concretement ? Que le moratoire a le mérite de permettre de faire cesser ces actes et d’épargner des vies dans l’attente d’une résolution rapide à l’échelle internationale pour combattre de tels comportements ? Pourquoi inventer des preuves à charge sur un individu ? N’est ce pas contreproductif sur le débat de fond et tristement seulement efficace en terme de manipulation d’opinion ? Est ce sain de procéder ainsi ?
Réponse de C.Fourest Je vais essayer de ne pas passer le forum sur Tariq Ramadan parce que tout de même, il n’incarne pas l’islamisme à lui tout seul.
Mais lisez le passage de mon livre sur le moratoire (p. 166 et suivante). J’y explique le fait de proposer un "moratoire" n’est pas en soi choquant. Il l’est uniquement dans ce contexte, quand on sait que Tariq Ramadan propose une délibération entre savants fondamentalistes (les seuls qu’ils jugent qualifiés), majoritairement pro-lapidation, pour savoir s’il faut ou non maintenir les châtiments corporels... Ce qui a de grande chances d’aboutir à son maintien et fait preuve d’un manque de courage absolu, surtout de la part d’un prédicateur prétendant incarner l’islam européen.
Question de : Internaute (postée le 06/12/2005 à 18h21) Vous accusez Tariq Ramadan et d’autres de tenir un double langage afin de séduire la gauche européenne tout en développant des idées islamistes auprès des populations arabophones européennes. Mais, quand vous dénoncez l’incapacité des Arabes à s’intégrer en Europe dans votre tribune du Wall Street Journal du 2 février 2005 sous le titre "The War for Eurabia" (je n’ai pas lu ce que vous avez écris dans ce même journal néoconservateur le 16 novembre) n’avez vous pas vous aussi un double langage ? Un en France pour la gauche, un dans le Wall Street Journal pour les milieux atlantistes ?
Réponse de C.Fourest Je ne sais pas si vous lisez l’anglais mais relisez cette tribune, ce n’est absolument pas mon propos.
Cet article ne porte pas sur les Arabes ou les populations arabophones mais sur les réseaux islamistes basés à Londres et Genève.
Quant au titre, je ne l’ai pas choisi, ni l’illustration. Je l’ai découvert en kiosque et il était trop tard pour rectifier.
Quant à la tribune du 16 novembre, vous me donnez l’occasion de rectifier un joli mensonge de Tariq Ramadan. Dans un article où il m’accuse de tenir un double discours, il amalgame mes prises de positions sur les émeutes avec celle d’Alain Finkilekraut... Alors que j’ai écrit exactement le contraire ! Mon papier dans le "Wall Street journal" commençait par cette phrase émeutes ne son ni "ethniques ni religieuses" mais sociales. Je trouvais qu’il fallait profiter de cette tribune, dans ce lieu, pour tordre le cou aux idées reçues outre-Atlantique.
Mais Tariq Ramadan n’a eu aucun scrupule à sortir cet article de son contexte, à me faire dire l’inverse de ce que j’avais dit, pour accréditer l’idée que je tiens "un double discours". Et ce n’est pas la première fois...
Question de : Internaute (postée le 07/12/2005 à 20h56) Bonjour Caroline Fourest, j’apprécie votre combat contre ce qu’il est convenu d’appeler les identitarisme : chrétien, musulman...Cependant, vous êtes souvent traité de sioniste, d’activiste à la solde de BHL, d’islamophobe et que sais-je encore. Pour dissiper tout mal entendu, ne serait-il pas temps de dénoncer, comme le fait le MRAP, Ras’l front ou des experts comme Wiewiorka ou Jean-Yves Camus, la montée simultanée, sans un certain mimétisme, d’une d’extrême-droite islamophobe likoudnik , avec des gens comme Goldnadel, défenseur de Falacci, ou Ivan Rioufol ?
Réponse de C.Fourest Bonjour, Je crois que personne n’est dupe de l’accusation de "sioniste", que l’on accole à la moindre personne luttant contre l’intégrisme musulman. Même si elle est par ailleurs anti-colonialiste et pour un Etat Palestien.
J’essaie de ne pas me disperser et de me concentrer sur mon sujet d’étude, à savoir l’intégrisme.
Dans mon livre "Tirs Croisés", co-écrit avec Fiammetta Venner, nous dénonçons longuement l’intégrisme juif ayant contribué à la colonisation des territoires et donc au pourrissement du conflit Israélo-Palestinien. Comme nous dénonçons la fanatisation de la résistance palestinienne par les islamistes.
Question de : Internaute (postée le 08/12/2005 à 09h02) Bonjour, en tant que féministe, que vous inspire le recul de la mixité tant chez les musulmans (piscines alternant tranches horaires hommes et tranches horaires femmes, défilés de mode réservés aux femmes...) que dans le milieu homo (festival lesbien Cineffable interdit aux hommes et subventionné par la mairie de Paris, horaires réservés aux femmes au Centre Gai et Lesbien...)? N’est-ce pas inquiétant?
Réponse de C.Fourest Bonjour, Vous parlez de deux situations très différentes. Dans un cas, celui des piscines non mixtes, le recul de la mixité est dû à l’intégrisme et à la volonté d’enfermer les femmes dans un rôle à part, au nom de la pudeur. Dans le second cas, celui du festival de femmes, il s’agit au contraire de permettre aux femmes de se retrouver pour un festival culturel lesbien ! Il ne faut pas confondre la dénonciation du communautarisme, lorsqu’il est enfermant et liberticide, avec la dénonciation de toute forme de culture sur la base d’une identité. A moins de défendre un universalisme creux, vide et froid qui n’est pas le mien...
question de : Internaute (postée le 08/12/2005 à 15h18) ''Bonjour, j’ai lu que vous aviez présidé le Centre Gai et Lesbien et je me demande si on est bien placée pour critiquer le communautarisme musulman quand on professe le communautarisme homo?''
Réponse de C.Fourest Bonjour, Je suppose que c’est la suite de la question précédente. J’y ai en partie répondu mais je persiste et signe. Défendre l’universalisme et la républicaine, pour le maintien des libertés, ne doit pas se confondre avec le refus de la diversité culturelle. Je n’ai jamais défendu le communautarisme, sous aucune forme, mais je me battrai toujours pour l’égalité et la non discrimination, contre l’homophobie comme contre le racisme et l’antisémitisme.
question de : manu (postée le 08/12/2005 à 16h05) Bonjour, n’est ce pas préférable d’encourager le travail de tariq ramadan,qui tentent de proposer aux musulmans des ouvrages réellement adaptés au contexte dans lequel ils vivent car sinon on risque de voir les musulmans puisé leurs références intellectuelles en Arabie saoudite.On ne réglera pas le probléme de l’islamisme en france que lorsque l’islam sera traité comme n’importe quelle autre religion.êtes vous d’accord avec cela?
Réponse de C.Fourest Cher Manu, Je pense qu’il faut cesser de fantasmer sur l’étranger et se concentrer sur les discours. Il ne faurt pas se demander, comme sarkozy, s’il vaut mieux un islam saoudien ou européen. Mais s’il vaut mieux un islam fondamentaliste ou moderniste... On peut être saoudien et ouverte d’esprit (si, si ça existe) et européen et fermé d’esprit...
question de : riri (postée le 08/12/2005 à 16h06) Qui tire les ficelles en banlieu---l’islam???
Réponse de C.Fourest Les ficelles de quoi ? Des émeutes ? Là aussi, faisons attetion aux fantasmes. Personne ne tire les ficelles en banlieues. Le problème, c’est qu’il n’y a plus de ficelles en banlieue ! A force d’user le terrain social jusqu’à la corde, de couper les subventions aux associations qui font de la médiation et de l’animation culturelle, à force d’abandonner nos quartiers populaires... On les livre en patûres aux charognards, qui peuvent des caïds ou des intégristes. Des groupes intégristes rêvent clairement de transformer certains habitants des quartiers difficiles en chair à canon. Mais pour l’instant il résiste .Et qu’on le veuille ou non, il est temps de les aider à résister. Parce que c’est le combat de tous. Personnellement, c’est ce qui guide mon travail.
question de : manu (postée le 08/12/2005 à 16h36) bonjour,l’islam est-il intégriste par essence?''
Réponse de C.Fourest Non, absolument pas. Voir ma réponse plus haut. Merci.
Question de : manu (postée le 08/12/2005 à 16h38) bonjour, comment affronter l’intégrisme islamique? En démasquant les faux prophètes, en donnant la parole aux vrais réformateurs de l’islam moderne et aussi aux Arabes laïques et athées ! En luttant contre le racisme et pour l’égalité des chances. En cessant de croire qu’on peut réguler des populations par le relgieux, en leur offrant l’islam intégriste en guise de consolateur. En réhabilitant la démocratie sociale.
Question d'une internaute ''Chère Caroline Fourest Je n’ai pas encore lu votre livre "La tentation obscurantiste", mais je me réjouis de le faire. Chaque parution de Pro-Choix est pour moi un plaisir de lecture. J’avais posé un certain nombre de questions à T. Ramadan lorsque le Nouvelobs lui avait ouvert son Forum. Naturellement, ce pape de l’obscurantisme, cet "indigeste de la République" qu’est Ramadan n’avait pas daigné y répondre. Il passe beaucoup plus de temps à protester de ce qu’on l’empêcherait de parler qu’il n’en passe à répondre aux questions essentielles. Personnellement je suis partisan de lui ouvrir toutes grandes toutes les tribunes possibles car, à la longue, il finira bien par se prendre les pieds dans le tapis de sa casuistique mamamouchie. Je pense que Tariq Ramadan ne souffre que d’une chose: la loi sur l’égalité hommes / femmes. Je trouve en revanche qu’en matière d’obscurantisme, Monsieur le ministre de l’Intérieur n’est pas mal non plus. La preuve en est venue par le biais du rapport des RG qui contredit dans les grandes largeurs les thèses que Sarkozy voulait nous faire avaler. Mes questions: 1 - Que pensez-vous de la façon dont Sarkozy cherche à instrumentaliser en sa faveur ce qu’il voudrait nous faire voir comme étant la conséquence de l’islamisme sur le sol national et républicain? 2 - Ne pensez-vous pas qu’en la matière, Monsieur le ministre de l’Intérieur se présente de fait comme l’allié objectif de l’islamisme?''
Réponse de C.Fourest Je pense effectivement que Nicolas Sarkozy joue avec le feu en institutionalisant les organisations issues des Frères musulmans, leur confiant le rôle d’interlocuteurs et même de méditateurs pour tout ce qui concerne l’immigration,et la banlieue.'' Il pense pouvoir mettre la communauté musulmane sous calmants en les mettant sous tutelle. C’est une vision déplorable du politique, qui abandonne sa mission à l’initiative privée religieuse. Il s’y brûlera les doigts, comme nous tous, comme en Angleterre où cette conception ultra-libérale et multuculutraliste a déjà été tentée et se poursuit. Pour le plus grand malheurs des musulmans de Grande-Bretagne. Et pour le malheur de l’Europe.
Question de : Internaute (postée le 10/12/2005 à 13h07) Quant Alain Finkielkraut regrette qu’"on n’enseigne plus que le projet colonial voulait aussi éduquer, apporter la civilisation aux sauvages", ou délare "Aujourd’hui la haine des noirs est encore plus forte que celle des arabes", cela relève-t-il de l’obscurantisme ? Ne pensez-vous pas par ailleurs que l’islamisme en France se nourrit de certains discours anti-islamiques qui s’abîment dans le racisme ?
Réponse de C.Fourest Nous devons tous faire très attention aux mots que nous employons. L’anti-intégrisme est un combat urgent et nécessaire. Noble. Qui ne doit pas servir de prétexte au racisme. Au contraire, il faut lutter contre l’intégrisme et contre le racisme.
Question de : Internaute (postée le 12/12/2005 à 23h43) ''bravo et merci à Caroline Fourest pour son travail brillant et courageux ! Je voudrais savoir si elle a reçu des retours agressifs de la part des mouvements pseudo féministes qui pensent que le voile contribue à libérer la femme, qu’elle dénonce dans son dernier ouvrage. Gaëlle Pioline, féministe laïque''
Réponse de C.Fourest Merci. Heureusement pour moi, j’oublie très vite les retours agressifs ;) Donc là tout de suite je ne m’en souviens pas mais sûrement...
Question de : Marcus (postée le 15/12/2005 à 01h58)
Vous avez combattu les intégrismes chrétien et islamique. Quel sera votre prochaine cible ?
Réponse de C.Fourest
Le racisme, le relativisme culturel, Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen.
Et justement, puisqu’on en parle, ça fait pas mal de travail... Il faut que je retourne m’y coller. Je réalise qu’il est 16 h largement passé, qu’il reste des dizaines et des dizaines de questions... Désolée, vraiment pour toutes celles auxquelles je n’ai pas pu répondre.
Bonne année à tous.
Remise du prix laïcité 2005 à Maurizio Turco, Caroline Fourest et Fiammetta Venner
Communiqué du Comité Laïcité République
REMISE DU PRIX INTERNATIONAL DE LA LAICITE : Le Comité Laïcité République, engagé depuis de nombreuses années sur le chantier de la liberté de conscience et de l’égalité des droits, a le plaisir de vous inviter à la remise du Prix International de la Laïcité créé pour soutenir l’action en faveur de la Laïcité menée par une personne ou un groupe de personnes.
A l’occasion du colloque « LOI de 1905 – EUROPE – LAÏCITÉ » qui se tiendra le vendredi 13 mai 2005 à l’Hôtel de Ville de Paris de 14h00 à 18h00, le Comité Laïcité République organise pour la deuxième fois le Prix International de la Laïcité pour honorer les actions en faveur de la Laïcité et des droits de l'Homme.
Le Jury du P.I.L. a décidé de remettre les Prix International et National de la Laïcité à Maurizio Turco, Caroline Fourest et Fiammetta Venner.
Les Prix seront remis par Monsieur Christian Bataille, président du P.I.L. 2005 et par Madame Anne Hidalgo, première adjointe au Maire de Paris, chargée de l’égalité Femme / Homme et du Bureau des Temps, qui représentera Monsieur Bertrand Delanoë, Maire de Paris.
L’Italien Maurizio TURCO est député Européen du Parti Radical Italien. Il s’est distingué, comme l’a déclaré Christian Bataille, « par son action face au Vatican qui a la prétention de guider la réflexion des Italiens et des Européens ».
Sur le plan national le Jury du Prix International de la Laïcité a choisi d’encourager Caroline FOUREST, essayiste, et Fiammetta VENNER, politologue, pour leurs actions contre tous les fondamentalismes religieux et leurs avatars liberticides, ainsi que pour leur engagement face à l’extrême droite.
Christian Bataille, Député du Nord
Jean-Marie Matisson, Président du C.L.R.
